Calendrier

Juillet 2014
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Présentation

Recherche

Recommander

Texte libre

Nos colonnes sont ouvertes : venez les occuper. Envoyez-nous vos textes ( dissonons@yahoo.fr ): si nous ne publions pas tout ce que nous recevons, au moins répondons-nous à chacun des auteurs qui nous a fait l'honneur d'élire notre support. ConneImage hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitctons-nous, lecteurs : ensemble dissonons !

 

 

  • peg-10.jpg
  • peg-7.jpg
  • europe-_-marionnette-2.jpg
  • en-arriere.jpg
  • peg1.jpg
  • oksos-femme-003.jpg
  • okpeg3.jpg
  • acrobate-negatif.jpg
  • personnage-au-poing-negatif-ocntraste.jpg
  • le-regard-_guerre-2.psd.jpg

Commentaires

Vous pensez ? Dissonez.

Image hébérgée par hiboox.com

Lectrices et lecteurs, vous nous intéressez. Vous avez des idées ? De drôles d'images en tête ? Des envies de chanter, de gueuler, de gloser, peut-être de délirer ? Ça tombe vraiment bien : nous voulons de la pensée qui ne soit pas prémâchée, du senti pour de vrai, des mots beaux, du pluriel, des visions différentes, des frictions d'opinions, des rencontres osées... La revue Dissonances est née de notre envie d'offrir aux esprits libres un espace où tout dire.

 

 

 

Et me voilà lâché au fond du trou. Ma fin, toute proche, se fait maintenant sentir. Bientôt j’irai rejoindre la fosse commune et l’on n'en parlera plus. J’aimerais pouvoir encore éprouver quelque chose, un peu d’angoisse ou de révolte mais rien n’y fait, je ne suis plus qu’un résidu flasque, sans âme, dont on ne peut plus rien tirer, pas même une larme.

            On m’a tout pris - sucé jusqu’à la moelle - laminé, dégraissé, lessivé. Ce qui demeure ici n’est à personne, d’ailleurs personne n’en veut, c’est un déchet qui n’attend plus rien si ce n’est qu’on l’évacue sans autre forme de procès pour cause d'inanité.

Attirant, pourtant, je le fus, j’en ai même fait saliver plus d’un autrefois, on me trouvait des qualités, du caractère, on voulait m’embaucher. M’emboucher plutôt. Moi, vous comprenez, dévoré d’ambition comme je l’étais, j’aurais tout accepté pour m’asseoir à leur table autrement qu’en gibier. Alors ils m’ont fait patiemment mijoter, mariner dans mon jus, finalement j’ai cédé, prêt à m’accommoder à toutes les sauces, espérant palper un peu d’oseille. J’y ai cru, me voilà cuit.

Il aura suffi du lustre tapageur d’un miroir aux alouettes pour me captiver. Ebloui, je n’ai pas entrevu, derrière leurs sourires aguichants, le dessein des dents. Ha, le charme insensé des gueules carnassières ! J’y ai laissé des plumes vraiment. Ha, les appeaux… j’y ai laissé ma peau. Et pour quelques deniers prestement investis sur la place du marché, les chasseurs de têtes se sont payé la mienne.

J’étais si confiant, moi, l’invulnérable, tellement certain de passer entre les balles, virevoltant, tournoyant, insaisissable passager courant après le temps, fier volatile toujours en avance d’une longueur sur la concurrence…

Pauvre pigeon, va... Où t’ont mené tes kilomètres d’ardeur ? L’as-tu vu, le bout du tunnel ? As-tu trouvé en ces lieux qu’on dit d’aisance le bonheur si longuement convoité ? 

Et dire qu’il fut un âge sans échéance où je vaquais de-ci de-là, goûtant la vie en sifflotant de branches en branches.

 

 

Côme Fredaigue


Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

 

 

     Chaque soir il s’oint d’huile de cade. Senteur d’hermétiques hauteurs où les peaux de corps engagés s’empalent sur l’épineux ; les baies noires comme des poivres sucrés se fripent dans la durée. Fraîches, elles errent d’un doigt l’autre, verrues grenues pour jouer à contretemps, sous un gant d’hermine blanche. La reine Guenièvre s’endormit-elle sous un genévrier pour se protéger de l’amour ? Il vint pourtant l’amant, se mit à vif pour l’embrasser, le corps piqué, l’âme ferme pour cueillir la merci.

     Son cou boisé reçoit la morsure d’une belle, de la femme du roi, de la putain vierge d’amour dont la terre s’échancre au-delà des marches du royaume. Il est marqué d’elle au fer de ses dents, aux armes du désir verrouillé dans le rêve d’une tour, chien qui la veille si près du ciel. Tous ses pores en creux aspirent la sueur amère de l’épouse officielle. Le drame s’émerveille. Ils s’endorment à même la terre, fruits à pourrir d’un roi dernier qui sacrifie l’extrême ennui de la couronne à l’adultère.

     Arthur presque d’air et de mer s’en remet au galop de son protégé ; il sème l’interdit pour que l’homme hardiment l’arme et ne pleure que sur lui-même. Ce chevalier nuisible le sert le jour tandis qu’il le dessert la nuit. Il en découd avec les traîtres, avec acharnement il erre d’une prison à l’autre. Il est bouffon grimé de la pâte faisandée du mensonge. Exsudat franc du pouvoir qui n’ose plus qu’être, il s’aventure dans l’excès, dans la gaste matière. Jusqu’au bout de lui-même, néanmoins, il compte et se perd:

 

 

Dream

 

la mer couvre l’épaule du nu

d’un ambre gris

pestilentiel

 

la bête mâchant sa houle ondoie

d’un  tapis d’eau

bave et sécrète

 

elle embaume l’ombre évacuée

de soi dedans

 l’intime appert

 

expulsé de sa très grande peau

Je innommable

immonde au monde

 

d’où l’étrange recommencement 

point, pousse et choit

 - perpétuité -

 

 

     Le monde est vide à force.

     Rendu au pied des murs de l’Ogre femelle, il tombe en sa pelisse, de tout l’intérieur il s’effondre. Des sucs violentissimes corrodent le squelette, attaquent les muscles, désagrègent les viscères. Une dessaisie vertigineuse de tout l’être.

     De lui, plus que la poche inanimée, à crever, d’un fin amant replié sur sa décomposition, le contraire d’un écorché vif. Il est clos, bouche cousue sur l’impossible nom. Sur l’herbe est tout son derme.

 

Tristan Felix

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus